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GR20 en 15 jours : itinéraire détaillé du sentier le plus dur d'Europe
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GR20 en 15 jours : itinéraire détaillé du sentier le plus dur d'Europe

Publié le 26 avril 2026·13 min de lecture·Tripsty·

Tracé en 1972 par Michel Fabrikant, le GR20 traverse la Corse du nord au sud sur 180 kilomètres et environ 12 000 m de dénivelé positif cumulé. Il est régulièrement décrit comme le sentier de Grande Randonnée le plus difficile d'Europe : passages en arête, ressauts rocheux, marches d'escalade modeste mais exposées, journées de 6 à 9 heures de marche effective sur terrain technique. L'effort se justifie par les paysages — l'un des décors montagnards les plus sauvages de Méditerranée — et par la satisfaction de boucler un itinéraire mythique. Le présent guide détaille un itinéraire de 15 jours pour la traversée intégrale de Calenzana à Conca.

Niveau requis et préparation

Profil technique

Le GR20 n'est pas un sentier de promenade. Il s'adresse à des randonneurs expérimentés, déjà familiers avec :

  • la marche en haute montagne (sentiers caillouteux, gros blocs, passages aériens),
  • des étapes de 6 à 9 heures effectives avec dénivelé fréquent au-delà de 1 000 m,
  • l'auto-suffisance partielle (eau, nourriture pour la journée, météo changeante).

L'itinéraire ne comporte pas de passage en escalade équipée mais inclut plusieurs chaînes sur des passages exposés (Cirque de la Solitude historique, breche de Capitellu, montée à Bocca Crucetta). Une bonne condition physique (capable de marcher 6h en montagne sans difficulté) et une expérience préalable en haute montagne sont indispensables. Plus de 60 % des candidats abandonnent en cours de route, principalement par mauvaise préparation physique.

Sens du parcours

L'usage est de partir du nord vers le sud (Calenzana → Conca). Cette orientation présente l'avantage psychologique de placer les étapes les plus dures en début de parcours, quand les jambes sont fraîches. Le sens sud-nord est cependant tout à fait valable et recommandé en juillet-août pour fuir la chaleur (les étapes sud sont plus basses et plus chaudes).

Quand partir

La fenêtre praticable s'étend de mi-juin à mi-octobre. Juillet-août sont la haute saison : refuges complets, températures parfois étouffantes en bas, mais conditions stables. Mi-juin et septembre sont idéaux : températures douces, refuges moins peuplés (réservation toujours nécessaire), risque de neige résiduelle limité au tout début juin. Octobre est jouable mais expose à la neige précoce sur les sommets et aux refuges fermant un par un à partir du 15.

Équipement essentiel

  • Sac à dos 50-60L bien réglé (le poids confort en autonomie : 12 kg max)
  • Chaussures de randonnée tige haute ou trek, semelle Vibram impérative
  • Bâtons télescopiques (économie de 20-30 % sur les genoux à la descente)
  • Sac de couchage confort 5-10°C selon saison + taie d'oreiller (les refuges fournissent oreiller mais pas de housse)
  • Frontale + piles rechange
  • Trousse de secours (élastoplast, paracétamol, antidiarrhéique, désinfectant)
  • Vêtement de pluie robuste (cape ou Goretex) + couche chaude (les nuits en altitude descendent à 5°C)
  • Gourdes 2 L minimum (jusqu'à 3 L en été en partie sud)
  • Topo (Topo-guide FFRandonnée, ou application IGN avec carte au 1:25 000 téléchargée hors-ligne)

Itinéraire jour par jour

Étape 1 : Calenzana → Refuge d'Ortu di u Piobbu (10 km, +1 600 m, 6-7 h)

L'attaque la plus brutale du parcours. Quitter Calenzana (255 m) par une longue montée régulière à travers le maquis puis la pinède, jusqu'au Bocca a u Saltu (1 250 m). La traversée chaotique du Capu Ladroncellu introduit aux paysages caractéristiques du GR20 : blocs de granit, lichens orange, vue sur la mer en contrebas. Arrivée au refuge d'Ortu di u Piobbu (1 570 m), face au cirque de Bonifatu. Conseil : démarrez avant 6h30, l'étape est exposée plein sud.

Étape 2 : Ortu di u Piobbu → Refuge de Carrozzu (8 km, +700 m, -550 m, 6-7 h)

Étape courte en distance mais technique. Passage à la Bocca Piccaia (1 950 m) puis longue traversée en balcon vers la Bocca Innuminata (1 990 m), avec vues vertigineuses sur les vallées d'Asco et de Bonifatu. Descente raide sur le refuge de Carrozzu (1 270 m). Le refuge est posé au cœur d'un cirque granitique impressionnant.

Étape 3 : Carrozzu → Asco Stagnu (6 km, +800 m, -700 m, 5-6 h)

L'étape avec le passage de la Spasimata : longue dalle de granite poli, traversée d'un torrent par une passerelle suspendue spectaculaire en balançant 30 m au-dessus du vide. Montée à la Bocca a i Stagni (2 010 m), descente vers la station de ski d'Asco-Stagnu (1 422 m). Refuge confortable, ravitaillement possible (premier resto sur le parcours après Calenzana).

Étape 4 : Asco → Refuge de Tighjettu via le Monte Cinto (12 km, +1 350 m, -750 m, 8-10 h)

Étape historique remplaçant le Cirque de la Solitude, désormais interdit après l'éboulement meurtrier de 2015. Le tracé officiel passe par le Monte Cinto (2 706 m, point culminant de la Corse) en option ou par la Bocca Crucetta. Cette étape est la plus longue et la plus dure du parcours, avec un terrain rocheux exigeant. Refuge de Tighjettu (1 683 m).

Étape 5 : Tighjettu → Castel di Vergio (14 km, -800 m, -100 m, 6-7 h)

Étape de transition, plus douce, dans la vallée du Niolo. Descente vers Vallone, traversée d'un superbe plateau de pâturages d'altitude. Castel di Vergio (1 400 m) offre un gîte d'étape semi-hôtel avec ravitaillement complet, douches chaudes — souvent la première vraie nuit récupératrice du trek.

Étape 6 : Castel di Vergio → Refuge Manganu (16 km, +800 m, -400 m, 6-7 h)

Étape longue mais relativement plate par rapport aux précédentes. Traversée du plateau du Camputile, paysage emblématique de pelouses d'altitude piquées de rochers. Passage au Lac de Ninu (1 743 m), l'un des plus beaux lacs de Corse, niché dans une cuvette glaciaire avec pozzines caractéristiques (buttes herbeuses tassées par le piétinement séculaire). Refuge de Manganu (1 601 m).

Étape 7 : Manganu → Refuge de Petra Piana (10 km, +900 m, -500 m, 6-8 h)

Une des étapes les plus spectaculaires. Montée à la Bocca a Soglia (2 052 m), passage technique avec chaînes, puis enchaînement de cols — Bocca Manganello, Bocca Rinosa. Vue magnifique sur les lacs de Capitellu et de Melu. Refuge de Petra Piana (1 842 m), perché sur l'arête.

Étape 8 : Petra Piana → Refuge de l'Onda (10 km, +500 m, -1 000 m, 6 h)

Étape avec deux variantes : la variante par les crêtes (recommandée par beau temps, panoramas exceptionnels mais terrain technique) ou la variante de vallée (plus facile, moins exposée). La descente vers le refuge de l'Onda (1 430 m) traverse de belles forêts de pins laricio. Bivouac possible à l'extérieur du refuge (~7 €/personne).

Étape 9 : Onda → Vizzavona (10 km, +700 m, -1 200 m, 6-7 h)

Étape mi-parcours, point géographique central du GR20. Montée à la Bocca Palmente (1 645 m), descente longue par la forêt vers Vizzavona (920 m), village situé sur la ligne de chemin de fer Bastia-Ajaccio. Possibilité d'arrêt train ici pour ceux qui souhaitent ne faire que la moitié nord. Vizzavona offre auberge confortable, restaurant traditionnel, et la fameuse cascade des Anglais à 30 min de marche pour une baignade rafraîchissante.

Étape 10 : Vizzavona → Refuge de l'Onda (E'Capannelle) (15 km, +1 100 m, -300 m, 7-8 h)

Reprise dans la traversée sud, plus boisée et un peu moins technique. Montée à la Bocca Palmente puis traversée des forêts de pins laricio centenaires. E'Capannelle (1 586 m) est un gîte plus qu'un refuge, avec restauration et nuit en chambre.

Étape 11 : E'Capannelle → Refuge de Prati (14 km, +800 m, -700 m, 6-7 h)

Étape qui marque le passage dans le massif du Renoso. Montée à la Bocca di Verde puis longue traversée en balcon. Refuge de Prati (1 820 m), posé sur une terrasse herbeuse face à la mer Tyrrhénienne (vue exceptionnelle au coucher du soleil).

Étape 12 : Prati → Refuge d'Usciolu (8 km, +600 m, -550 m, 5-6 h)

Étape courte mais avec arête sommitale technique. La Punta della Cappella (2 042 m) puis l'arête vers Usciolu (1 750 m). Le refuge est posé sur un balcon avec vue à 180° sur la Méditerranée.

Étape 13 : Usciolu → Refuge d'Asinau via la Punta della Cappella (16 km, +700 m, -1 100 m, 8 h)

Longue étape sur les crêtes, l'une des plus exposées en cas d'orage (rare mais rapide en montagne corse). Le passage par la Bocca Pianu di l'Aja offre une vue mémorable sur l'Incudine (2 134 m, dernier 2 000 du parcours). Refuge d'Asinau (1 530 m).

Étape 14 : Asinau → Refuge d'I Paliri (12 km, +600 m, -800 m, 6-7 h)

Étape sous le Bavella, l'un des plus impressionnants massifs granitiques de Corse. Les aiguilles de Bavella dressent leurs flammes de pierre orange dans le ciel. Refuge d'I Paliri (1 055 m), niché sous les aiguilles.

Étape 15 : I Paliri → Conca (12 km, +200 m, -1 050 m, 6 h)

Dernière étape, descente vers la mer. Traversée du maquis méditerranéen, de plus en plus chaud à mesure qu'on perd de l'altitude. Arrivée à Conca (250 m), village pour le pot de fin et la photo souvenir devant le panneau "GR20 — Fin du sentier". Bus puis train ou taxi vers Solenzara ou Porto-Vecchio, transferts possibles vers Bastia ou Ajaccio.

Réservation et logistique

Refuges et bivouacs

Les 15 refuges du GR20 sont gérés par le Parc naturel régional de Corse. Réservation obligatoire 2 à 3 mois à l'avance en haute saison via le site officiel. Tarifs : environ 17 €/nuit en couchage, 9 €/personne en bivouac (tente personnelle sur emplacements aménagés). Les refuges ne servent pas de repas systématiquement (sauf Castel di Vergio, Vizzavona, E'Capannelle qui sont des gîtes hôteliers) ; il faut être autonome en nourriture, sauf possibilité de plat unique chaud payant (15-20 €) dans certains refuges.

Ravitaillement

Les points de ravitaillement complets sont rares : Calenzana (départ), Asco (étape 3), Castel di Vergio (étape 5), Vizzavona (étape 9), E'Capannelle (étape 10), Conca (arrivée). Les autres refuges proposent un mini-épicerie (pâtes, conserves, fromage, charcuterie locale) à prix élevés (50 % au-dessus du continent). Il faut prévoir une autonomie de 2 jours entre Manganu et Castel di Vergio par exemple, et porter le ravitaillement.

Eau

Sources et fontaines régulières en début de parcours, plus rares dans la partie sud, surtout en juillet-août. Toujours partir avec 2 L d'eau par personne en début de journée, et traiter (pastilles ou filtre) toute eau prise en source non identifiée. Plusieurs cas de gastro-entérite chaque été liés à la leptospirose dans les torrents.

Conseils finaux

  • Variantes alpines : 4 étapes proposent une variante "alpine" plus technique (Petra Piana → Onda par les crêtes, par exemple). À ne tenter que par très beau temps stable et avec expérience montagne
  • Demi-GR20 : faisable en 7-8 jours par la moitié nord (réputée plus belle) ou la moitié sud (réputée plus accessible). Vizzavona est le point de coupure logique avec gare SNCF
  • Météo : Météo France propose un bulletin de prévision spécifique GR20 en saison. À consulter chaque jour. Les orages d'après-midi sont fréquents en juillet-août : viser arrivée au refuge avant 14h
  • Pieds : ampoules garanties en première semaine. Prévoir Compeed et changer de chaussettes à chaque pause
  • Niveau récupération : prévoir 2 jours de repos sur 15 (ex. Vizzavona à mi-parcours, ou un refuge confortable comme Castel di Vergio en milieu de première semaine)

Le GR20 reste l'une des expériences de trek les plus marquantes en Europe, à condition d'arriver préparé. Pour ceux qui ne se sentent pas prêts pour la traversée intégrale, la demi-traversée ou les boucles depuis Vizzavona (boucle Renoso, lacs de Melu et Capitellu) offrent un avant-goût accessible.

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